Essaouira ne ressemble à aucune autre ville marocaine. Dès l'arrivée, le tableau est saisissant : une lumière atlantique crue, des mouettes qui fendent le ciel en criant, une odeur de poisson grillé portée par le vent, et des remparts ocre qui semblent tenir l'océan à distance depuis des siècles. Le port historique est le cœur de tout cela. C'est lui qui a fait la ville, qui l'a nourrie, qui lui a donné son caractère. Et c'est par lui que commence naturellement toute visite qui se respecte.

Essaouira se situe sur la côte atlantique du Maroc, à environ 170 kilomètres au nord d'Agadir et à 200 kilomètres à l'ouest de Marrakech. C'est une ville à taille humaine, tranquille et ouverte sur l'océan, qui n'a pas cherché à rivaliser avec les grandes destinations touristiques du royaume et qui a eu raison de ne pas le faire.
Son surnom, "la cité des alizés", dit l'essentiel. Le vent souffle ici presque toute l'année, tantôt en brise légère, tantôt avec une franchise qui surprend les visiteurs non avertis. Ce sont ces mêmes vents qui ont fait la réputation mondiale d'Essaouira auprès des pratiquants de kitesurf et de windsurf, et qui confèrent à la ville une atmosphère singulière, vive et tonique, qu'on ne retrouve nulle part ailleurs sur le littoral marocain.
Ce qui distingue Essaouira des autres médinas du pays, c'est avant tout la sérénité qui y règne. Les ruelles sont larges, aérées, peintes en bleu et blanc. On s'y promène librement, sans pression, sans sollicitation excessive. En 2001, l'UNESCO a inscrit la médina au patrimoine mondial de l'humanité, reconnaissant ainsi l'exceptionnelle cohérence architecturale et historique d'un ensemble urbain qui a su préserver son âme.
L'histoire du port d'Essaouira s'étend sur plus de deux millénaires. Les Phéniciens, puis les Berbères, fréquentaient déjà ce littoral bien avant notre ère, séduits par la configuration naturelle de la baie, qui offre une protection précieuse contre les courants atlantiques les plus violents.
Au XVIe siècle, les Portugais s'y établissent et construisent les premières fortifications. Ils baptisent le site Mogador, nom dont l'étymologie reste débattue, mais qui persistera longtemps dans la mémoire collective et dans la bouche des habitants les plus anciens.
Le tournant décisif intervient au XVIIIe siècle, lorsque le Sultan Sidi Mohammed Ben Abdallah entreprend de refonder la ville avec une vision stratégique claire : faire d'Essaouira le grand port de commerce du royaume chérifien, tourné vers l'Atlantique et ouvert sur les routes maritimes européennes. Il confie la conception du plan urbain à un architecte français, Théodore Cornut, à qui l'on doit la rigueur géométrique des remparts et l'ordonnancement régulier des rues, caractéristique rare dans les médinas marocaines.
Le port connaît alors une prospérité remarquable. Épices, or, ivoire, sucre et cuir transitent par Essaouira avant de prendre la mer vers l'Europe. Cette richesse se lit encore aujourd'hui dans l'architecture des remparts, dans les anciennes maisons de négociants, et dans la qualité des fortifications qui ont traversé les siècles presque intactes.
Le port d'Essaouira n'a pas été aménagé pour le tourisme. C'est un port de pêche artisanale en activité, avec tout ce que cela implique : du bruit, des odeurs, de l'agitation, et une authenticité qu'aucune mise en scène ne pourrait reproduire.
Le matin est le moment le plus intéressant pour s'y rendre. Les bateaux rentrent avec leurs prises, les pêcheurs déchargent les caisses de sardines, de dorades et de calmars, et la criée commence dans une atmosphère rapide et concentrée. Les mouettes, expertes en opportunisme, tournent en cercles au-dessus des étals avec une efficacité qui force presque l'admiration.
Les embarcations de pêche sont peintes en bleu, presque toutes sans exception, et cette couleur est devenue l'image la plus emblématique d'Essaouira. Alignées dans le port, serrées les unes contre les autres, elles forment un tableau que les photographes, amateurs ou confirmés, ne se lassent pas de composer sous tous les angles et par toutes les lumières.
C'est un lieu où l'on n'a rien de particulier à accomplir, et c'est précisément ce qui en fait l'intérêt. On observe, on flâne, on laisse l'air iodé faire son travail. Pour les familles avec enfants, le spectacle des mouettes, des bateaux et du va-et-vient des pêcheurs constitue une animation naturelle et gratuite qui captive facilement les plus jeunes.
Beaucoup de visiteurs confondent les deux Skala d'Essaouira et rentrent chez eux sans avoir vu l'une ou l'autre. Il convient donc de les distinguer clairement.
La Skala du Port se trouve au sud du port de pêche. C'est une tour fortifiée d'origine portugaise, renforcée sous le règne du Sultan Sidi Mohammed Ben Abdallah. On peut y accéder moyennant un tarif d'entrée modeste, et le panorama depuis le sommet, sur le port, les bateaux et l'Atlantique, compte parmi les plus beaux points de vue de la ville.
La Skala de la Kasbah, quant à elle, est située au nord de la médina. C'est une longue plateforme bastionnée qui longe les remparts septentrionaux, sur laquelle sont alignés des dizaines de canons en bronze d'origine espagnole et hollandaise. La vue sur l'océan depuis cette terrasse est saisissante, particulièrement en fin d'après-midi, lorsque la lumière atlantique prend ces tons dorés qui transforment les pierres ocre en quelque chose d'assez extraordinaire.
La première étape s'impose d'elle-même : manger. Juste en face du port, une rangée de petits restaurants de poisson grillé accueille les visiteurs dans une ambiance directe et sans façon. Le fonctionnement est simple : on choisit son poisson à l'étal, on le fait peser, il est grillé sur place, et on le déguste avec du pain, des olives et une salade, attablé face à l'océan. C'est animé, généreux, et le rapport qualité-prix est l'un des meilleurs que l'on puisse trouver au Maroc.
Depuis le port, la plage s'étend vers le sud sur plusieurs kilomètres. Une longue bande de sable parcourue par le vent, où les voiles colorées des kitesurfeurs animent le ciel en permanence. Ce n'est pas une plage de farniente. C'est une plage de mouvement, d'air vif et de grand large, idéale pour une longue marche ou pour s'initier aux sports nautiques auprès des nombreuses écoles installées le long du bord de mer.
La médina, accessible à pied depuis le port en quelques minutes, mérite également une exploration sérieuse. Les ateliers de marqueterie en bois de thuya, spécialité artisanale d'Essaouira, embaument les ruelles d'un parfum boisé et doux caractéristique. Les galeries d'art, plus nombreuses ici que dans n'importe quelle autre ville du pays, témoignent de l'attrait historique qu'Essaouira a exercé sur les artistes. Le souk aux épices et le souk Joutia, le marché aux puces local, complètent une exploration qui peut facilement occuper une demi-journée supplémentaire.
Comment s'y rendre : Depuis la place Moulay Hassan, le cœur animé d'Essaouira, le port de pêche est à cinq minutes à pied. Il suffit de longer les remparts vers le sud et de suivre les panneaux.
La meilleure période : Le printemps (avril-juin) et l'automne (septembre-octobre) sont idéaux. L'été est plus chargé et plus cher. L'hiver reste agréable, mais le vent et le brouillard matinal peuvent surprendre.
Le vent : C'est une réalité quotidienne, pas une exception. Prévoyez une veste légère, même en été, et oubliez les chapeaux à larges bords.
Les faux guides : La pression est faible comparée au reste du Maroc, mais elle existe. Un refus poli suffit. Pour un guide sérieux, passez par votre hôtel.
Les deux Skala : La Skala du Port est au sud, près du port de pêche. La Skala de la Kasbah est au nord, le long des remparts. Ce ne sont pas les mêmes, et toutes deux valent le détour.
La légende Jimi Hendrix : On vous dira qu'il a composé ses plus grands titres ici. C'est une belle histoire, largement embellie avec le temps. Hendrix a bien visité la région en 1969, mais le reste appartient au folklore local.
Essaouira est souvent la révélation des voyages au Maroc. Ceux qui l'intègrent à leur itinéraire sans en attendre grand-chose sont fréquemment ceux qui en repartent avec le plus de regrets de ne pas y avoir consacré davantage de temps. Le port historique en est le point d'entrée naturel : vivant et animé le matin, lumineux et apaisé en fin de journée, il donne d'emblée le ton de tout ce que la ville a à offrir. Une authenticité sans artifice, une beauté sobre, et ce vent entêtant qui, une fois rentré, finit par vous manquer.
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