Il y a des endroits au Maroc qui s'imposent à vous dès le premier regard. La Fontaine Chrob ou Chouf, elle, fonctionne autrement. On passe devant, on ralentit, on se demande ce que c'est, et puis on s'arrête. Et c'est là que ça devient intéressant.
Chrob ou Chouf. L'expression est en arabe dialectal marocain, et elle signifie littéralement "bois ou regarde". Deux invitations en une, adressées aux passants depuis des siècles. Boire l'eau fraîche qui coule de la fontaine, ou simplement s'arrêter pour contempler la beauté de l'ouvrage. Dans les deux cas, le message est le même : ne presse pas le pas, prends le temps.
Cachée dans une ruelle de la médina de Meknès, cette fontaine est l'un de ces monuments discrets qui en disent plus long sur une ville que n'importe quel grand site touristique.

Dans la ville islamique traditionnelle, l'eau n'est pas seulement une ressource. C'est un élément central de la vie spirituelle, sociale et urbaine. Les mosquées, les hammams, les médersas et les fontaines publiques forment ensemble un réseau hydraulique qui structure la médina autant que ses ruelles et ses souks.
La fontaine publique, ou "sabil" en arabe, avait une fonction précise. Elle permettait aux habitants qui n'avaient pas accès à l'eau courante chez eux de s'approvisionner gratuitement, et aux voyageurs de se désaltérer en traversant la ville. C'était un geste de générosité inscrit dans la pierre, offert par le souverain ou un notable à la communauté, un acte de piété autant qu'un acte politique.
La Fontaine Chrob ou Chouf a été construite au XIVe siècle, sous la dynastie mérinide, ce qui en fait l'un des monuments les plus anciens de la médina de Meknès. Elle a traversé les siècles, survécu aux séismes, aux rénovations et au temps qui passe, et elle est toujours là, dans sa ruelle, à attendre les curieux qui savent où chercher.
La première chose qui frappe, c'est le contraste. La ruelle est étroite, les murs alentour sont simples, et puis soudain, cette façade sculptée qui surgit comme une enluminure dans un livre ordinaire.
L'architecture de la fontaine est un condensé de tout ce que le Maroc médiéval sait faire de mieux. La partie basse est habillée de zellige, ce carrelage géométrique en faïence colorée dont les artisans marocains ont fait une forme d'art à part entière. Au-dessus, le stuc sculpté déploie des arabesques et des motifs géométriques d'une finesse remarquable, travaillés à la main avec une patience qui force le respect. Et tout en haut, une frise en bois de cèdre sculpté couronne l'ensemble, avec des inscriptions calligraphiées qui rappellent la vocation première du lieu.
Le bassin, lui, est simple. Sobre, fonctionnel, taillé dans la pierre. C'est ce dépouillement du bas qui rend le foisonnement décoratif du haut encore plus saisissant.
Aujourd'hui, la fontaine ne coule plus vraiment, ou seulement de manière symbolique selon les périodes. Mais elle reste un point de vie dans la médina. Les habitants du quartier passent devant chaque jour, les enfants jouent à proximité, et les quelques touristes qui s'aventurent jusqu'ici s'arrêtent invariablement pour sortir leur appareil photo. On ne peut pas s'en empêcher.
Où se trouve la fontaine : La Fontaine Chrob ou Chouf se trouve dans la médina de Meknès, non loin de la Grande Mosquée et de la Medersa Bou Inania. Elle est intégrée dans le tissu urbain de la vieille ville, ce qui veut dire qu'elle ne se trouve pas sur une grande place mais dans une ruelle, et qu'il faut un minimum de sens de l'orientation pour la trouver. Munissez-vous d'une carte ou d'une application de navigation avant de partir à sa recherche.
Comment s'y rendre : Depuis la place El Hedim, le coeur animé de la médina de Meknès, comptez une dizaine de minutes à pied en vous enfonçant dans les ruelles. En taxi depuis le centre-ville ou la gare, demandez à être déposé à la place El Hedim et faites le reste à pied.
Entrée et tarifs : La fontaine est en accès libre, dans la rue. Il n'y a pas de billet à acheter, pas d'horaires à respecter. On passe, on s'arrête, on regarde. C'est gratuit et c'est bien.
Meilleur moment pour visiter : En matinée, quand la lumière est douce et la médina encore calme. L'après-midi, les ruelles s'animent davantage, ce qui a son charme aussi, mais rend la contemplation un peu moins sereine.
La Fontaine Chrob ou Chouf s'inscrit naturellement dans une visite plus large de la médina de Meknès, qui est, avec celle de Fès, l'une des plus belles et des moins fréquentées du Maroc. Voici quatre incontournables à combiner avec votre passage à la fontaine.
Bab Mansour : À quelques minutes à pied, cette porte monumentale est l'emblème de Meknès. Construite au début du XVIIIe siècle sous le règne de Moulay Ismaïl, elle est considérée comme l'une des plus belles portes du Maghreb. Les dimensions sont imposantes, la décoration en zellige et en marbre est somptueuse, et la place qui s'ouvre devant elle est idéale pour prendre le temps de l'admirer.
Le Mausolée de Moulay Ismaïl : Juste derrière Bab Mansour, ce mausolée abrite la tombe du sultan qui a fait de Meknès une capitale impériale au XVIIe siècle. C'est l'un des rares mausolées marocains accessible aux non-musulmans, ce qui en fait une visite rare et privilégiée. L'intérieur est d'un calme et d'une beauté apaisants.
Le Musée Dar Jamai : Installé dans un ancien palais du XIXe siècle, ce musée rassemble une belle collection d'arts et d'artisanat marocains, broderies, céramiques, bijoux, mobilier traditionnel. Une bonne introduction à la culture de la région, particulièrement appréciée des familles avec enfants pour la richesse visuelle des collections.
Le marché couvert : À deux pas de la place El Hedim, ce marché est l'endroit idéal pour observer la vie quotidienne meknassie, acheter quelques produits locaux, et s'imprégner d'une atmosphère authentique loin des circuits touristiques balisés.
La Fontaine Chrob ou Chouf ne figure pas dans tous les guides, et c'est peut-être ce qui fait sa valeur. Elle ne cherche pas à impressionner de loin. Elle se mérite un peu, elle demande qu'on sorte des sentiers balisés, qu'on accepte de se perdre quelques minutes dans la médina pour la trouver.
Et quand on tombe dessus, on comprend immédiatement ce que le nom voulait dire. Bois ou regarde. Deux gestes simples, une invitation vieille de plusieurs siècles, qui résume assez bien ce que le Maroc a de meilleur à offrir à ceux qui prennent la peine de chercher.
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